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Pierre Reverdy

 

   AU BORD DES TERRES 

   À la même minute où les routes repliaient sous la pluie

leurs tas de pierres.

   Sur la banquette des ressacs et des secousses au tapis

vert rayé, au rouge du couchant, le velours effacé et les

jambes pendantes ; la fatigue de la mémoire endormie

sous la mousse.

   Il cherche les états des repas et l'emploi des lumières

dans cette nuit mêlée. Rien ne sort. La lune à son filon

donne de l'or battu. Les planches du jardin noyées des

pleurs de l'arbre. Tous les départs et les voyages com-

mencés interrompus et le ciel dépouillé des plus belles

étoiles.

   Une bouche édentée bâille — la nuit s'étend — les

becs de gaz au fond des abîmes s'alignent — le chemin

nouveau des processions marquées sur les trottoirs luisants

au bord des retraites marines. Car la mer est partout dans

l'ombre où l'on attend — avec son bruit de souffle lourd

et ses rires de vagues — toutes ces voix qui nous appellent

dans le vent. La peur cachée sort par moments de la nuit

noire.

 

Pierre Reverdy. Extrait de «Flaques de verre».