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Pierre Reverdy

 

   DERRIÈRE LE CLOCHER

 

   Le jour fume en s'élevant de derrière le toit, l'arbre

sec, l'axe mouvant des piles, la colline bordée de cloisons

résonnantes.

   L'air et l'eau se meuvent par fragments épais qui

heurtent leurs éclats et les barrières molles qui les

guident.

   Au bout du jour, le carrefour tourne vers le couchant :

le coude de l'aiguille aimantée vers le gouffre.

   Sous la voûte, les boules qui sortent du clocher roulent

dans tous les coins et les heures tracent une lumière au

milieu des arcs et des moulures.

   Les poissons glissent d'abord sur une seule ligne

reflétée dans le ciel, l'oiseau change de sens, la fumée

se résigne et la voix du dormeur qui sort du mauvais rêve,

au milieu des prairies fumées par le soleil, arrive avec un

autre accent, d'une autre sphère, assez haute pour que

tout ce qui vit s'arrête, écoute et s'interdise dans le

passage des courants où rien n'est clair, ni lourd où tout

se mêle, glisse, étincelle à la fois, au même mouvement.

 

Pierre Reverdy. Extrait de «Flaques de verre».